IV
Ipy était dans une telle colère qu’il faillit renverser Henet en sortant de la maison.
— Laisse-moi passer ! s’écria-t-il. Tu es toujours dans les jambes des gens.
— Que tu es brutal, Ipy ! Tu m’as fait mal au bras.
— C’est une bonne chose. J’en ai assez de toi et de tes pleurnicheries. Plus tôt tu t’en iras d’ici, mieux ce sera… Je veillerai d’ailleurs à ce que tu ne t’y éternises pas.
Henet le dévisageait de ses yeux malicieux.
— Tu me mettrais à la porte, hein ? Après tout ce que j’ai fait pour toi et pour les autres ? J’ai pourtant été dévouée à ta famille, ton père le sait.
— Il y a assez longtemps que tu le lui répètes ! Nous commençons à le savoir, tous. Pour moi, tu n’es qu’une vieille chipie, dont la langue trop bien pendue ne sert qu’à provoquer des embêtements à tout le monde ! Tu as aidé Nofret dans ses manigances, je le sais fort bien. Quand elle est morte, tu t’es remise à nous cajoler… Ça n’empêchera pas qu’au bout du compte c’est moi que mon père écoutera, et non tes mensonges !
— Tu es terriblement en colère, Ipy. Et pourquoi ?
— Ça ne te regarde pas !
— Tu n’aurais pas peur, par hasard ? Il se passe de drôles de choses, ici…
— Tu ne me feras pas peur, vieille chatte !
Haussant les épaules, il se remit en route, cependant qu’Henet entrait dans la maison. Un gémissement l’attira dans la chambre de Yahmose. Il s’était levé et essayait de marcher, mais ses jambes lui refusaient tout service, et, sans l’assistance de la vieille femme, qui s’était vivement portée vers lui, il se serait affalé sur le sol. Elle l’aida à regagner sa couche.
— Tu es solide, Henet, lui dit-il, la tête sur son oreiller de bois. On ne le croirait pas, à te voir !… Je te remercie. Mais qu’est-ce que j’ai donc ? Comment se fait-il que mes muscles tournent en eau ?
— La maison est maudite, Yahmose. Tout cela est l’ouvrage de ce démon-femelle qui nous est venu du Nord. Rien de bon n’arrive jamais du Nord !
Yahmose murmura, d’une voix désespérée :
— Je meurs, Henet, je meurs…
— D’autres mourront avant toi !
— Hein ?
Soulevé sur un coude, il la regardait. Elle hocha la tête longuement.
— Je sais ce que je dis, Yahmose ! Ce n’est pas toi la prochaine victime. Tu verras.